Une après-midi dans les galeries du Marais : Céleste Boursier-Mougenot, Otani Workshop et Kim Chong-Hak

J’avais découvert le travail de Céleste Boursier-Mougenot à l’été 2015, lorsque le Palais de Tokyo avait exposé son installation « Acquaalta ». Il s’agissait alors de traverser, en barque ou à pied, un vaste espace rempli d’eau et plongé dans l’obscurité. Le public était invité à expérimenter l’oeuvre de l’intérieur, et plongé dans une sorte de traversée du Styx aussi poétique qu’anxiogène.

Printemps 2019, c’est cette fois à la galerie Xippas, qui le représente depuis 2006, que Céleste Boursier-Mougenot présente sa nouvelle installation, « Un cabinet de curiosité ». Une fois encore, les visiteurs qui risqueront à s’aventurer dans l’oeuvre sont immergés dans l’obscurité après avoir descendu l’escalier qui mène au sous-sol de la galerie. La matière semble être l’obsession première de l’artiste, lui qui a remplacé l’eau d' »Aquaalta » par un sol mou où l’on s’enfonce quand on y marche, rendant la visite physiquement éprouvante. « Un cabinet de curiosité » est une oeuvre polyvalente qui fait aussi bien appel à la vue qu’au toucher et à l’ouïe et il faut y rester, accepter de s’y installer un moment, pour en être pénétré. Une invitation à ralentir, en somme.

Otani Workshop à la galerie Perrotin

A quelques pas de là, la galerie Emmanuel Perrotin invite pour la première fois en France l’artiste japonais Otani Workshop et ses sculptures douces et enfantines. S’appuyant sur la tradition ancestrale de la céramique japonaise, Otani Workshop recrée un catalogue de l’enfance tout en douceur, où les enfants endormis côtoient sirènes et animaux fantastiques. On pense à un Murakami dépouillé de son côté provoc avant de se dire que non, justement, Otani Workshop a un univers bien à lui qui mérite qu’on ne le compare pas aux autres. Un univers où l’enfance est rêvée, pas toujours dénuée d’inquiétude mais débarrassée de ce qui peut la rendre cruelle. Une enfance fantasmée où les adultes que nous sommes feraient la paix avec les enfants que nous avons été.

Kim Chong-Hak à la galerie Perrotin

Au rez-de-chaussée de la galerie Perrotin, on se concentre également sur les toiles les plus sereines de Kim Chong-Hak, vieux sage de plus de quatre-vingt ans qui compose ses toiles entre coups de pinceaux et peinture au doigt. De grandes toiles où l’on peut se plonger, des couleurs vives, des dessins au crayon aussi, et toujours des fleurs, des fleurs et la nature. Celui qu’on appelle « le peintre des quatre saisons » creuse depuis les années 1960 une veine où la douceur de la nature se mêle à sa violence dans une explosion festive, aux confins de l’art abstrait et de l’art figuratif.

Un cabinet de curiosité, Céleste Boursier-Mougenot, à la galerie Xippas jusqu’au 25 mai 2019.

Contes d’Awaji, Otani Workshop, à la galerie Perrotin jusqu’au 11 mai 2019.

Vitality, Kim Chong-Hak, à la galerie Perrotin jusqu’au 11 mai 2019.