90’s

Stevie a treize ans, l’âge où on s’ennuie beaucoup et où l’avis des copains compte plus que tout. L’âge, aussi, où l’on est coincé entre deux chaises, plus vraiment un enfant mais pas encore complètement un ado, cette charnière de quelques mois qui est, peut-être bien, l’une des plus inconfortables de toute la vie. Rien n’est grave et tout l’est à la fois, et Stevie n’aspire qu’à s’autonomiser vis à vis de sa famille tout en trouvant enfin une bande, sa bande.

« 90’s » est une petite perle en équilibre qui se tient sur le fil d’un été, l’été où Stevie a grandi. Mais devenir un grand au milieu des années 1990, ça veut dire quoi ? Jonah Hill, qui s’éloigne ici drastiquement de l’étiquette pas très fine que lui ont collé ses différents rôles dans des productions Apatow et assimilées, a sa petite idée, ayant lui-même été un adolescent des années 1990. Si la nostalgie joue à plein pour les trentenaires d’aujourd’hui (on y fait du skate en baggy en écoutant le Wu-Tang Clan), on se dit que les codes n’ont finalement pas trop changés. L’important, souligne le film, dans le processus d’autonomisation qu’est l’entrée dans l’adolescence, c’est de former son clan, celui avec laquelle on traversera les premières épreuves de la vie en l’ayant choisi.

Alors, « 90’s » est-il un film de garçons ? Pas tant que ça, au fond, même si les personnages féminins sont peu développés, voire carrément absents, en dehors de ceux de la mère de Stevie et de son premier intérêt amoureux. L’adolescence étant cruelle, égocentrée et rarement de bonne foi, on pardonnera aisément au film de ne pas s’y attarder plus que ça. L’important, c’est le chemin de l’enfant vers l’adulte en formation, la camaraderie virile parfois surjouée à l’extrême pour ne pas passer pour un sensible ou pire. C’est de montrer qu’au final, les temps ne changent pas tellement.

90’s, réalisé par Jonah Hill, en salles depuis le 24 avril 2019