Vues Lumière – Isabelle Lafon

Vues Lumière (c)Tuong-Vi Nguyen
(c) Tuong-Vi Nguyen

Ils sont cinq, un homme et quatre femmes, dans une salle d’un centre social de quartier. Cinq personnes sur un pied d’égalité, sans directrice ou animateurs du lieu, à créer un atelier auto-géré où l’on regarde et parle ensemble de films, fictions, documentaires, peu importe tant qu’on parle de cinéma, et peut-être qu’on en fera un peu, aussi, du cinéma, du moins c’est ce dont rêve Georges, Georges, au féminin pluriel, en secret mais pas complètement. Prendre une petite caméra et filmer les autres, les copains de l’atelier auto-géré, les faire parler, garder des traces, créer des liens, encore, puisque c’est ce qui semble si important dans « Vues Lumière », la nouvelle création d’Isabelle Lafon, de retour au Théâtre de la Colline trois ans après sa trilogie « Les Insoumises ».

Dans « Vues Lumière », le cinéma apparait comme viatique. Une aide à vivre au quotidien, une évasion mais surtout et par dessus tout un soutien, un appui concret pour s’autoriser ce qu’on s’est toujours refusé, parce que pas pour nous, parce que la gêne, la honte parfois parce que pas rentable, temps perdu diront certains : s’asseoir et apprendre, apprendre du film et des uns des autres. C’est un savoir horizontal que revendique le petit groupe, sans distinction entre sachants et apprenants, sans mépris de classe et sans condescendance.

Pour ce spectacle, la metteuse en scène Isabelle Lafon s’est éloignée des adaptations de livres dont elle est coutumière et s’est appuyée sur le travail d’improvisation qu’elle a mené avec ses quatre comédiens. Il en ressort un spectacle d’une grande humanité, dénué de tout jugement. Le cinéma y est ramené à sa fonction originelle, ni objet de culture de masse ni objet de fétichisme cinéphilique, mais moyen de documenter la vie.

L’atelier auto-géré a peut-être également une autre fonction. A l’heure de l’uberisation des emplois et de l’individualisme à outrance, alors qu’il est de bon ton d’écraser ceux d’en dessous pour grimper un échelon supplémentaire, l’atelier auto-géré, et de facto le spectacle, fait le choix du collectif. Si il est né dans l’esprit de Georges, féminin pluriel, l’atelier n’existe que par et pour ses cinq participants. Cinq participants ça peut paraitre peu, et pourtant ce sera peut-être cinq vies sauvées.

 

Vues Lumière, mise en scène Isabelle Lafon.
Avec : Karyll Elgrichi, Pierre-Félix Gravière, Johanna Korthals Altes, Isabelle Lafon et Judith Périllat.
A voir au Théâtre de la Colline jusqu’au 5 juin 2019.