Cataract Valley – Marie Rémond et Thomas Quillardet

Cataract Valley
(c) Simon Gosselin

Voilà un spectacle bien étrange que ce « Cataract Valley ». Adaptée d’une nouvelle de l’autrice américaine Jane Bowles, figure flamboyante et méconnue de l’avant-garde du début du vingtième siècle, la pièce met en scène un duo de soeurs tourmentées, Harriet et Sadie. La première, malade des nerfs comme on disait fut un temps, effectue des séjours réguliers au camp Cataract, un lieu entouré de chutes d’eau, à mi-chemin entre la maison de repos et le camp de vacances. La deuxième, repliée sur elle-même jusqu’à l’effacement, souffre d’un amour maladif pour sa soeur. L’une comme l’autre n’arrivent pas à se faire au monde tel qu’il est.

Dans « Cataract Valley », il ne s’agit pas tant d’aller à la rencontre du monde en voyageant que de réussir à s’en extraire. Se protéger d’un monde trop violent, pas adapté, voilà ce qu’essayent d’accomplir les deux héroïnes. C’est une question de survie. Le camp d’un côté, le petit appartement de l’autre, fonctionnent comme des cocons à l’écart de ce que l’on cherche à nous imposer comme étant une vie normale. Le problème, c’est que ce qui apparait comme salutaire pour l’une des soeurs semble mortifère pour l’autre. De là naît le noeud de l’histoire.

Sous des airs parfois légers, « Cataract Valley » apparait alors comme une histoire de deuil. Sadie comme Harriet, chacune s’accroche désespérement à ce qui blesse involontairement l’autre. Ce deuil difficile, douloureux jusqu’à la nausée, impossible parfois, c’est le deuil de l’enfance. Il est si compliqué d’accepter d’en finir avec cette période où l’on est à la fois si libre et organisé en tribu, pour peu que l’on ait des frères et des soeurs, que chacune s’accroche à une solution radicale qui paraissent opposées mais, en réalité, se rejoignent. Disparaitre totalement ou vivre en autarcie avec ses adelphes, c’est de toute façon se retirer du monde car il est trop pénible.

 

 

Cataract Valley, un projet de Marie Rémond d’après Jane Bowles, mise en scène de Marie Rémond et Thomas Quillardet.
Avec : Marie Rémond, Laurent Ménoret, Caroline Arrouas et Caroline Darchen.
A voir au Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier jusqu’au 15 juin 2019.