Antioche – Martin Faucher

Antioche
(c) Yanick McDonald

Elles sont trois à vivre dans le petit appartement québecois : Jade, sa mère Inès, et sa meilleure amie, Antigone, qui traîne ses guêtres sur Terre depuis 2500 ans et est révoltée comme au premier jour. La mère et la fille ne se parle plus ou presque, chacune enfermée dans sa chambre, la première faisant des listes interminables, la seconde discutant en cachette avec H. rencontré par internet.

« Antioche », ce sont deux trajectoires diamétralement opposées qui vont se rejoindre comme par miracle, en Turquie, à la faveur d’un basculement temporel. Il est beaucoup question de la révolte des femmes, ici. D’hommes, on n’en verra ni n’entendra, à peine lirons-nous quelques messages envoyés par H. Une révolte qui, depuis au moins 2500 ans, passe de génération en génération, changeant parfois d’objet mais sans jamais se tarir.

Si on la croit au départ vidée et comme anesthésiée par un quotidien métro-boulot-dodo, et si sa fille, comme beaucoup d’adolescentes, est convaincue que sa mère a abandonné (mais abandonné quoi ? L’espoir, la vie peut-être, la rébellion, justement), c’est en réalité Inès la plus féministe, la plus battante et la plus résiliente des deux. C’est elle qui a refusé le carcan qu’on voulait lui imposer dans un pays étouffée par la religion, elle qui a eu le courage de fuir, seule, adolescente, pour trouver une vie meilleure.

On se bat toujours contre la génération précédente. On se bat deux fois plus quand on est une femme, jeune de surcroît. Mais se battre c’est aussi avoir une raison de vivre, et Antigone, sorte de matrice pour toutes les femmes qui ont suivi, l’a bien compris lorsque, après des siècles à espérer rejoindre enfin les enfers, décide finalement de rester là où elle est. C’est qu’il en reste, du pain sur la planche, pour les femmes à travers le monde.

« Antioche » résonne ainsi comme un hymne, mené hauts les cœurs et tambour battant par trois comédiennes formidables, Sharon Ibgui, Sarah Laurendeau et Mounia Zahzam. Un hymne au courage et à la liberté, un voyage transgénérationnel en quête de sens, où l’on apprend que nos mères ont déjà vécu ce que nous croyons découvrir, et que si tout ceci n’est guère nouveau, peut-être y-a-t-il tout de même encore de l’espoir.

 

 

Antioche, de Sarah Berthiaume, mise en scène de Martin Faucher.
Avec : Sharon Ibgui, Sarah Laurendeau et Mounia Zahzam.
A voir au Théâtre Paris-Villette jusqu’au 25 mai 2019, puis au 11 Gilgamesh Belleville à Avignon du 5 au 26 juillet 2019.