Iliade + Odyssée – Pauline Bayle

Iliade
(c) Blandine Soulage

Tout le monde connaît les grandes lignes de l’Iliade et de l’Odyssée, que ce soit grâce à une étude poussive d’une version abrégée au collège ou à une passion d’enfance pour la mythologie grecque. Nous croyons tous, ou presque, connaître l’histoire d’Hector, d’Achille et d’Ulysse, et les écueils quant à un adaptation scénique d’Homère sont nombreux. Ces écueils, la metteuse en scène Pauline Bayle réussit, par un tour de force qui confine à la magie, à les éviter un par un.

Le plateau est presque nu et les comédiens et comédiennes sont tous vêtu·e·s de couleurs sombres. Rien ou presque pour détourner l’attention du public de la férocité du texte, tout juste un rappel en fond de scène, pour celles et ceux qui s’y perdraient : deux panneaux comme deux camps, la liste des Troyens d’un côté, des Grecs de l’autre. Le reste tient en grande partie sur les épaules des acteurs et actrices.

Dans cette adaptation du texte d’Homère, les rôles ne sont pas attribués et la parole circule entre les interprètes, indifféremment de leur genre et de celui des personnages. C’est ainsi, chez Pauline Bayle, une volonté de déjouer les stéréotypes de genre, en rappelant que le courage ni la sauvagerie ne sont des affaires d’hommes, pas plus que la douceur serait un monopole féminin. Et c’est en dégenrant son diptyque la metteuse en scène réussit à en faire un spectacle résolument moderne.

Pauline Bayle apparaît alors ici comme une metteuse en scène du pas de côté. En s’extrayant systématiquement des codes attendus, en se plaçant « en marge » du folklore antique, elle esquive le risque d’en faire trop tout en renforçant son propos. On remarque aussi chez elle un vrai sens de l’image. Car si le décor est minimaliste, les images n’en sont pas moins foudroyantes. A ce titre, les scènes de batailles figurent parmi les plus belles qu’il nous a été donné de voir en vingt ans de fréquentation assidue des théâtres.

Pauline Bayle, avec peu (des paillettes, des seaux d’eau, du papier kraft, et le plus souvent rien de plus que les corps de ses interprètes), montre beaucoup. Et si chacun de ses comédien·ne·s se donne corps et âme, on se doit de confesser un coup de foudre pour Mathilde Méry, fascinante de bout en bout de par sa présence électrique.

 

 

Iliade + Odyssée, d’après Homère, mise en scène de Pauline Bayle.
Avec : Manon Chircen, Soufian Khalil ,Viktoria Kozlova (en alternance avec Nadja Bourgeois les 25 et 26 mai), Mathilde Méry et Loïc Renard.
A voir à La Scala jusqu’au 2 juin 2019.