Mademoiselle Julie – Julie Brochen

Mademoiselle Julie
(c) Franck Beloncle

C’est le soir de la Saint-Jean, les esprits et les corps sont échauffés par l’alcool, la danse et la musique, et dans la cuisine de la demeure du père de mademoiselle Julie un drame est sur le point de se produire. En huis-clos, sous les yeux de Kristin, la cuisinière, Julie et le valet Jean vont se chercher, s’attirer, se repousser tour à tour, dans un jeu de séduction et de domination qui ne peut que mal se terminer.

C’est dans un décor très bergmanien, haut de plafond et tout de noir, que Julie Brochen a choisi de mettre en scène la tragédie d’August Strindberg. Mais si la scénographie et la mise en scène sont sobres et élégantes, le problème se pose rapidement devant le jeu des acteurs. Anna Mouglalis, brûlante mais monolithique, semble jouer dans un tout autre univers que Xavier Legrand et Julie Brochen. Si elle étincelle de par sa voix et sa présence hors normes, elle n’insuffle que peu de nuances au personnage de Julie, appuyant (parfois lourdement) sur la noirceur et l’ironie de son personnage. Devant ce passage en force, Xavier Legrand et Julie Brochen ne peuvent paraître qu’en retrait, lui opposant un jeu pas nécessairement plus nuancé mais moins appuyé.

« Mademoiselle Julie » souffre alors d’une absence de progression dramatique. Tous les enjeux du texte, sur la lutte des classes comme sur la place des femmes dans la société, sont écartés d’un revers de la main comme si tout était joué d’avance et qu’il n’y avait donc pas besoin de les représenter. On peine donc à s’intéresser à la trajectoire des personnages, le climax final devenant presque anecdotique. Une déception quand on connaît le talent de chacun des artistes.

 

 

Mademoiselle Julie, d’August Strindberg, mise en scène de Julie Brochen.
Avec : Anna Mouglalis, Xavier Legrand, Julie Brochen.
A voir au Théâtre de l’Atelier jusqu’au 30 juin 2019.