Clouée au sol / Charlotte – Laurène Boulitrop

Clouée au sol / Charlotte
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C’est le choix de la comédienne – metteuse en scène Laurène Boulitrop de monter en vis à vis deux textes d’hommes mettant en scène un personnage central féminin : « Charlotte », de David Foenkinos, relatant la vie de la peintresse Charlotte Salomon, déportée et assassinée à Auschwitz, fait ainsi face à « Clouée au sol », un monologue de George Brant centré sur une femme pilote de chasse pour l’US Air Force. On s’attendait donc à voir un parallèle se dessiner entre les deux portraits de femmes, que l’on rechignera à appeler « fortes » tant le terme ne rend justice à personne, que l’on appellera donc plutôt des femmes au destin particulier.

Le réel problème du diptyque « Charlotte » et « Clouée au sol » arrive lorsqu’on assiste aux deux spectacles. Loin de se compléter, les deux pièces apparaissent comme des décalques l’une de l’autre, les deux mises en scène se superposant si bien qu’on en arrive à ne plus savoir laquelle est laquelle. Le ventilateur faisant délicatement bouger un rideau en fond de scène, qui nous paraissait une métaphore peut-être un peu lourdingue mais compréhensible sur l’aviation dans « Clouée au sol », se retrouve sur « Charlotte » et perd tellement son sens qu’on en arrive à se demander si, loin d’être un parti pris de mise en scène, ce ventilateur n’est pas uniquement là parce qu’il fait trop chaud. Le jeu de la comédienne, quant à lui, peine à dessiner les contours de ses personnages. Là aussi, les quelques nuances insufflées se retrouvent à l’identique d’un spectacle à l’autre.

Chaque monologue n’est pourtant pas un moment désagréable à passer. « Clouée au sol » a le mérite de mettre en scène un personnage peu commun dans le paysage théâtral. Peut-être faut-il alors ne voir qu’un des deux spectacles et profiter de ce que l’on aura choisi de voir, dans l’ignorance béate du copier-coller.

 

 

« Clouée au sol », de George Brant, et « Charlotte », d’après David Foenkinos, mise en scène de Laurène Boulitrop.
Avec : Laurène Boulitrop.
A voir à la Manufacture des Abbesses en alternance jusqu’au 29 juin 2019.