A deux heures du matin – René Loyon

affiche Richter

Deux heures du matin, c’est l’heure à laquelle tout peut basculer chez celles et ceux qui ne dorment pas. A la fois cocon silencieux où l’on se blotti au coeur de la nuit et tunnel infini de solitude dont on a l’impression qu’il ne finira jamais, c’est une heure à la fois chance et fardeau quand on la fréquente. Chez Falk Richter, on est rarement du côté de la chance, et ses personnage encore réveillés à deux heures du matin y trouvent plus souvent l’angoisse existentielle qu’un peu de temps volé au sommeil. Dans « A deux heures du matin », on est du côté de la start-up, du côté du toujours trop, de l’effacement progressif de la frontière entre vie professionnelle et vie tout court, la première avalant de plus en plus la seconde, de la fausse camaraderie façon chief happiness officer et baby-foot dans la salle de repos pour tenter de faire oublier qu’on en demande encore plus, toujours plus, aux employé·e·s. L’enfer feutré du monde de l’entreprise 2.0, en somme.

« A deux heures du matin » est une tentative désespérée, pour ses personnages, de surnager dans un monde qui ne leur convient pas mais dans lequel ils et elles sont contraint·e·s de vivre. C’est la subite disparition de l’un d’entre eux, collègue ou compagnon nous n’en serons jamais totalement sûr·e·s, et quoi de plus normal dans un monde où les contours sont de plus en plus poreux, qui grippe la machine. Contrairement aux yuppies de Bret Easton Ellis auxquels on a pensé pendant les premières minutes, les personnages de Falk Richter n’arrivent plus à se cacher derrière leur masque de cynisme. Ces hommes, ces femmes à qui on demande d’être efficace, d’être des machines de guerre, ces êtres qui ont perdu leurs repères, broyé·e·s par la disruption qu’on nous vante tant, sont à la recherche d’eux-même. Et c’est dans un monologue bouleversant porté par Claire Barrabès que tout se met subitement en place, à mesure que les réserves que l’on avait au début du spectacle se lèvent, lorsque le cynisme du départ laisse place à la douleur de la solitude d’une vie pourtant hyper-connectée.

 

 

A deux heures du matin, de Falk Richter, m.e.s René Loyon.

Avec : Olivia Kryger, Charly Breton, Claire Barrabès, Moussa Kobzili et Hugo Seksig.

A voir au Théâtre de l’Atalante jusqu’au 13 octobre 2019.