HATE – Laetitia Dosch et Yuval Rozman

 

Hate
(c) Dorothée Thebert Fillige

Elle s’avance, lentement, dans l’allée du théâtre. Sur scène, elle ôte sa robe avant de pénétrer dans l’espace du cheval. Elle, c’est Laetitia Dosch, qui n’étant pas à un projet fou près, qu’il soit le sien ou celui d’un·e autre, dialogue plus d’une heure durant, nue, donc, avec le cheval Corazon. La vraie mise en danger, la vraie mise à nue, cependant, ne vient pas de la nudité — puisqu’après tout le public habitué au théâtre n’est plus vraiment choqué par la présence de corps nus sur scène — mais par l’écriture, pour la première fois, d’un texte au « je ».

Comme souvent lorsqu’on parle de soi, Laetitia Dosch  parle en réalité beaucoup des autres, ces autres qui n’en peuvent plus de devoir regarder le monde se casser la gueule sans savoir quoi faire, celles et ceux qu’on traite d’idéalistes simplets dans le meilleur des cas quand ils osent ouvrir la bouche, tant et si bien qu’au final, la seule personne avec qui on arrive à parler n’est pas une personne mais un cheval.

Il y a beaucoup de tristesse dans HATE, beaucoup d’angoisse face à ce qui est en train de se passer, mais de résignation, jamais. Bien au contraire. Il y est plutôt question d’utopie écologique, d’une tentative de renouer avec la terre via le lien avec le cheval. C’est qu’il est difficile de vivre, de nos jours, et la difficulté d’être qui ne s’arrangeait déjà pas pour Jean Cocteau ne s’arrange pas plus en 2019.

Laetitia Dosch s’autorise aussi à donner une voix, une vraie, à Corazon, comme elle avait fait à Avignon avec Jonathan Capdevielle dans »Les Corvidés ». Parce que si les humains ont toujours quelque chose à dire sur les animaux, il est fort possible qu’eux aussi aient beaucoup à dire sur nous et sur notre façon de se penser en haut de la pyramide des espèces.

Immense courage de Laetitia Dosch, donc, de prendre sur ses épaules le poids de l’humanité seule en scène tout en ne se défilant pas, en assumant d’en faire partie. Grand spectacle qui parle de la catastrophe vers laquelle nous courons et qui aimerait bien la faire dérailler. Pas de solutions, bien sûr, il n’y aura de solution que collective, mais des pistes de réflexion sur le devenir des espèces. Et un rap extraordinaire, parce qu’en plus, Laetitia Dosch a la gentillesse de ne pas laisser partir son public anxieux et pleurant.

 

 

HATE, de Laetitia Dosch, m.e.s Laetitia Dosch et Yuval Rozman.

Avec : Laetitia Dosch et Corazon.

A voir au théâtre Monfort du 25 septembre au 4 octobre 2019.