Debout femmes esclaves – l’odyssée de Geesche dans « Liberté à Brême ».

Liberté à Brême
(c) Gwendal Le Flem

Pièce écrite par Rainer Werner Fassbinder en 1971 adaptée par l’auteur pour la télévision allemande en 1972, « Liberté à Brême » prend appui sur un fait-divers du 19e siècle. C’est dans cette petite ville du nord de l’Allemagne que Geesche Gottried fut successivement portée aux nues puis répudiée par le peuple et condamnée à mort pour l’empoisonnement de douze de ses proches.

Dans la mise en scène de Cédric Gourmelon, le public est encouragé à se ranger du côté de Geesche dès les premières minutes. Une première scène douloureuse à plusieurs niveaux, tant par ce à quoi l’on assiste que par son volume sonore, pose immédiatement les bases de la violence patriarcale. Geesche, mère de deux enfants, battue et humiliée par son mari depuis, on imagine, de longues années, sert le schnaps à une table d’hommes faisant largement étalage de leur misogynie crasse. Chaque problème ayant une solution, peut-être suffirait-il de se débarrasser du mari pour retrouver une existence acceptable.

De victime, Geesche devient ainsi meurtrière lorsqu’elle empoisonne son mari. Mais c’est lors du deuxième assassinat que la mécanique se met en place, lorsque Geesche se rend compte que le problème dépasse le cadre de son mariage, elle qui n’aspirait qu’à épouser en deuxième noces un homme qu’elle croyait aimant. Le problème donc, n’était pas un homme isolé, mais bien une catégorie sociale, la classe des maris, des pères et des frères qui aspirent à la maintenir inférieure, sous contrôle.

L’odyssée libératoire de Geesche, d’épouse soumise à cheffe d’entreprise, est construite comme une tragédie antique, où à la réussite de l’entreprise succède la chute inévitable. Inévitable car, pendant toute la représentation, Geesche est surveillée par un gigantesque Christ en croix et toute une galerie plus ou moins bienveillante de bourgeois·e·s de Brême tracée sur tout le fond de scène. Cette galerie, elle, ne bouge pas, confite qu’elle est dans la religion et la tradition. Geesche, symbole des femmes quelle que soit l’époque, subit la double peine : celle d’être une femme, et celle de ne pas vouloir rester à la place qu’on lui a assignée. Dès lors elle ne peut susciter que de la violence à son égard. Punition de celles et ceux qui ne se résignent pas.

 

 

Liberté à Brême, de R.W. Fassbinder, mise en scène de Cédric Gourmelon.
Avec : Valérie Dréville, Gaël Baron, Guillaume Cantillon, Christian Drillaud, Nathalie Kousnetzoff, Adrien Michaux, François Tizon, Gérard Watkins.
Vu au Théâtre National de Bretagne le 09 novembre 2019.
A voir au Quartz – Scène Nationale de Brest le 20 et 21 novembre 2019, au Théâtre de Lorient – Centre Dramatique National le 05 et 06 décembre 2019 et au T2G – Théâtre de Gennevilliers du 20 au 30 mars 2020.