Réouverture du Théâtre 14 : place aux jeunes

Théâtre 14
(c) Stéphane Pitti

C’est avec une émotion non dissimulée que Mathieu Touzé et Edouard Chapot, les deux nouveaux directeurs du Théâtre 14, ont inauguré leur première saison après plusieurs mois de travaux. Discours en main et trémolos dans la voix, encadrant les cinq artistes associé·e·s à cette nouvelle aventure (Yuming Hey, Séphora Pondi, Estelle N’Tsendé, Océane Cairaty et Olga Mouak), les deux trentenaires, conscients de la charge qui leur incombe, ont déroulé devant une salle comble et très enthousiaste leur programme pour cette moitié de saison. Et quel programme. Lieu de vie pour les habitant·e·s du quartier grâce au centre d’animation voisin désormais adossé au théâtre, spectacles hors les murs pour aller à la rencontre du public, volonté affirmée de se colleter avec les stéréotypes de genre et de race et donc, partant, d’ouvrir la porte aux différentes minorités sous-représentées sur scène. Une envie de « sauver le monde », comme le dira Mathieu Touzé, une envie à la fois naïve et indispensable, puisqu’à quoi pourrait servir le théâtre si ce n’est à sauver le monde ?

Comme pour affirmer qu’on a beau être jeunes, on n’est pas là pour plaisanter, le Théâtre 14 frappe un grand coup en invitant à inaugurer son nouveau plateau la rockstar du théâtre contemporain, Pascal Rambert, qui en profite pour offrir à ses fans venu·e·s en nombre son cycle de l’amour se déroulant sur trois soirées. La rencontre, la séparation, la réconciliation. Toute la vie condensée en trois spectacles. Toute la vie au Théâtre 14.

Au fil de la saison, pour sauver le monde, défileront Olivier Py, Cécile Backès, Charles Berling, le tgSTAN, Anne Théron ou Elise Vigier, dans une programmation qui n’aura de cesse de mêler valeurs établies et étoiles montantes. Il en faudra, du monde, pour le sauver. L’équipe du Théâtre 14 n’a pas peur et a déjà commencé à retrousser ses manches.

Un garçon d’Italie – Mathieu Touzé

Un garçon d'Italie
DR

Luca est mort, on ne sait comment. Son corps retrouvé sur les bords de l’Arno, les deux personnes qui ont partagé sa vie en parallèle, sans le savoir, s’interrogent : Luca a-t-il été assassiné ? S’est-il suicidé ? C’est sans compter que, même mort, Luca a encore des choses à dire.

C’est à un ancien roman de Philippe Besson que Mathieu Touzé, nouveau directeur du Théâtre 14, s’est attaché. Un chant d’amour et de mort, délicat comme une peinture impressionniste. « Un garçon d’Italie » juxtapose trois monologues : celui de Luca, qui parle depuis là où vont nos morts; celui d’Anna, sa petite amie de longue date; et celui de Leo, qui partage sa vie en secret. Leo, jeune prostitué qui attend les clients à la gare, et qui découvre la mort de son amour dans le journal, par hasard.

« Un garçon d’Italie » interroge les liens qui nous unissent les uns aux autres. Chaque prise de parole semble redire, encore et encore, la fragilité des constructions amoureuses. Que ce soit Anna, la femme forte, ou Leo, l’homme fragile, tous en ressortent blessés. On ne connait jamais vraiment l’autre, nous disent Philippe Besson et Mathieu Touzé. Et c’est certainement ce qui fait la beauté de la chose. Anna et Leo ont chacun aimé un Luca, leur Luca. Aucun des deux n’a complètement raison, ni complètement tort. Luca n’est ni complètement l’un, ni complètement l’autre. Il est un kaléidoscope.

Sur scène, l’un des trois éclipse pourtant les deux autres. Il s’agit de Yuming Hey, vu récemment chez Pascal Rambert et chez Bob Wilson, mais aussi sur Netflix. Avec sa casquette vissée sur la tête et sa silhouette adolescente, Yuming Hey offre ses airs bravaches et sa fragilité à fleur de peau à Leo. Cet homme amoureux qui a accepté de vivre caché, cet homme qui ne dit pas qu’il aime par peur que tout s’arrête, cet homme qui n’ose pas dire qu’il souffre, c’est lui qui bouleverse.

 

 

Un garçon d’Italie, d’après Philippe Besson, mise en scène de Mathieu Touzé.
Avec Mathieu Touzé, Yuming Hey et Estelle N’Tsendé.
A voir au Théâtre de Belleville jusqu’au 28 mai.