« Palm Park Ruins », immense clôture de la trilogie de Pamina de Coulon

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(c) Pamina de Coulon

Après « Genesis », créé en 2014, et « The Abyss », créé en 2017, Pamina de Coulon clôt sa trilogie « Fire of Emotions » avec « Palm Park Ruins », présenté au T2G – Théâtre de Gennevilliers lors du deuxième week-end « Sur les bords » consacré à la performance.

Performeuse de la parole, interprète de ce qu’elle nomme elle-même des « essais parlés », Pamina de Coulon hisse depuis le début des années 2010 la logorrhée au rang d’art majeur. Si « Genesis » partait du voyage dans l’espace-temps, si « The Abyss » invitait à s’asseoir au fond de l’abîme avec les vaincu·e·s, « Palm Park Ruins » aborde la question de l’habitat — au sens non du logement pur mais de tout ce qui fait une vie — via la catastrophe écologique déjà bien enclenchée.

Faisant feu de tout bois, l’artiste suisse nourrit autant sa réflexion de textes d’Emilie Hache, Nastassja Martin ou Baptiste Morizot — des penseur·euse·s, donc, de l’écologie politique ou de l’écoféminisme — que d’actions citoyennes collectives telle que le Quartier Libre des Lentillères. Loin d’adopter le point de vue catastrophiste qui veut que de toute façon la planète est foutue et nous avec, Pamina de Coulon tire la sonnette d’alarme tout en délivrant un message d’espoir. A mille lieux d’abandonner, la performeuse propose des chemins de traverse en partant du postulat suivant : si on ne peut pas empêcher la catastrophe climatique — ce qu’elle nomme « terre morte, eau morte » — il est encore temps d’inventer une façon de vivre malgré tout.

C’est en affrontant les choses, en refusant de faire l’autruche, en se colletant à des choses pas agréables, qu’une issue est possible, nous dit Coulon. Cette recherche d’une autre vie via le féminisme, l’écologie, l’anticapitalisme, la décroissance, le retour à la terre, le refus de la propriété, c’est ce qui constitue l’essence du travail de Pamina de Coulon. Et si c’est parfois inconfortable, puisque cela demande d’accepter sa part de responsabilité, ce questionnement n’en reste pas moins nécessaire.

 

 

« Palm Park Ruins », de et par Pamina de Coulon.
Vu au Théâtre de Gennevilliers T2G dans le cadre du week-end Sur les bords #2 le vendredi 27 février 2020.

Refaire l’histoire – « Reconstitution : le procès de Bobigny » – Emilie Rousset et Maya Boquet

Reconstitution : le procès de Bobigny
(c) Philippe Lebruman

Les hasards des calendriers de production ont fait qu’à cheval sur les saisons 2018/2019 et 2019/2020 se sont créés deux spectacles autour du procès de 1972 ayant mené à la légalisation de l’avortement, deux propositions portées par deux des plus talentueuses metteuses en scène du moment : « Hors la loi », de Pauline Bureau, et « Reconstitution : le procès de Bobigny », d’Emilie Rousset, co-pensé et co-écrit avec Maya Boquet. Mais si le point de départ est le même, les deux spectacles n’en sont pas moins radicalement différents.

« Reconstitution : le procès de Bobigny » reprend le dispositif déjà utilisé par Emilie Rousset et Maya Boquet lors d’une précédente création, « Les Spécialistes » : plusieurs intervenant·e·s interprétant indifféremment plusieurs rôles, une écoute au casque, et un public libre de circuler de poste d’écoute en poste d’écoute et d’écouter ce qui lui chante. Ainsi, « Reconstitution » se recrée sans cesse, et il existe autant de variations différentes du spectacle que de personnes qui y assistent. Loin de ne pas faire théâtre, ce dispositif — qui peut rebuter au premier abord — replace en réalité les spectateurs et spectatrices au centre de la représentation en leur donnant un rôle actif. C’est à chacun·e de créer son parcours et d’élaborer sa propre réflexion.

La grande force de « Reconstitution : le procès de Bobigny », c’est de ne pas figer une reconstitution historique mais d’ausculter le présent à travers le prisme du procès. Ainsi, des douze témoignages reconstitués, seuls deux émanent de femmes ayant témoigné à Bobigny. Ce procès n’est donc que le point de départ d’une réflexion globale sur l’évolution des droits des femmes depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui. A l’heure où les différents mouvements féministes alertent sur une aggravation des violences faites aux femmes parallèle à un recul de leurs droits fondamentaux un peu partout, la création de Maya Boquet et Emilie Rousset s’avère non seulement essentielle mais aussi indispensable, bien que parfois difficile à entendre. Rien n’est épargné car tout doit être su, le point de vue du fondateur d’un mouvement anti-avortement, comme le double standard créé étatiquement entre femmes de la métropole (pour qui il était si compliqué d’avorter), et femmes de La Réunion (qu’on avortait de force), soulignant au passage que ce double standard n’est au fond que les deux faces d’une même pièce, celle qui veut que le corps (et, en l’occurrence, la fertilité) des femmes soit contrôlé par d’autres qu’elles-mêmes.

Véritable pont entre les féministes d’hier et les féministes d’aujourd’hui, « Reconstitution : le procès de Bobigny » fait oeuvre de sororité dans sa portée politique, s’inscrivant de fait dans la lignée des oeuvres féministes à voir absolument.

 

 

« Reconstitution : le procès de Bobigny », d’Emilie Rousset et Maya Boquet, m.e.s d’Emilie Rousset.

Avec : Véronique Alain, Antonia Buresi, Rodolphe Congé, Suzanne Dubois, Emmanuelle Lafon, Thomas Gonzalez, Anne Lenglet, Aurélia Petit, Gianfranco Poddighe, Lamya Régragui, Anne Steffens, Nanténé Traoré, Manuel Vallade, Margot Viala, Jean-Luc Vincent.

A voir au Théâtre de Gennevilliers du 10 au 14 octobre 2019, au Théâtre de la Cité Internationale les 19 et 20 octobre 2019, au POC d’Alfortville le 16 novembre 2019 et au Théâtre de Rungis le 30 novembre 2019.

Tournée Groupe des 20 : https://www.groupedes20theatres.fr/les-spectacles-coproduits/saison-2019-2020/
Le 8 mars 2020 à 18h – La Bergerie – Noisy le sec